Denicolai & Provoost
A DREAM CALLED MACBA, MOCA, MOMA, ETC.
17/05/2011 - 28/07/2011

L’installation de Denicolai & Provoost à la galerie aliceday force tout d’abord le visiteur à courber l’échine. Une cloison surbaissée suspendue à 1,20 m du sol a en effet été installée entre le comptoir de la galerie et l’espace d’exposition où leur installation se déploie. Devant nous, au centre de l’espace, un écran sur lequel défile en boucle le film éponyme, pièce centrale de l’installation. On découvre alors des bribes de l’ordinaire d’une petite ville côtière. (…) L’attention que l’œil prête à ces séquences disparates se voit engagée par le caractère très appuyé de la bande son. Assez rapidement, on s’aperçoit d’ailleurs que celle-ci recourt en fait à des effets de bruitages et autres éléments de synthèse, relevant de la transposition stylisée d’onomatopées utilisées dans le vocabulaire des cartoons, mangas et autres dessins animés. (…) En guise de deuxième articulation du dispositif de l’exposition, neuf affiches-tableaux accrochées aux cimaises de la galerie semblent faire un écho graphique directement « cartoonisé » à des moments choisis du footage filmé. (…) Enfin, à leurs pieds et tout autour de l’écran de projection, on reconnaît certains de ces objet-détritus qui, dans la vidéo, atterrissent tels des obus sur les étals de poisson ou que des mains gantées de plastique s’échinent à nettoyer soigneusement. Par l’involution propre au projet, les débris de notre société de consommation, formant l’écume plastique et artificielle de nos mers et de nos océans, se retrouvent ainsi en plein milieu du circuit économique de l’art. Projectiles en 3D, comme sortis du film, ces rebuts transformés en objets-sculptures sont eux aussi en quelque sorte « cartoonisés ». Par-delà le ton globalement ludique, cocasse et badin, les interrogations que pose ce dernier film de Denicolai & Provoost sont multiples : Evoluons-nous dans une réalité qui, pour pouvoir se réfléchir, doit passer par une esthétisation de la déformation et de l’hyperbole « cartoonisée » ? Ne sommes-nous pas conditionnés, en cette période de surmédiatisation et de réalité virtuelle, à n’être réceptif qu’à une information, sensorielle ou intellectuelle d’ailleurs, « appuyée », tour à tour dramatisée, magnifiée ou, au contraire, comme dans le cas présent, dont on a renforcé le caractère cocasse?

Emmanuel Lambion
Extraits tirés de « De la mer au centre d’art, au marché, pour arriver à la galerie sur le marché : A dream called Macba, Moca, Moma etc »
In L’art même n° 51 juin-août 2011