Mon Colonel & Spit

Mon Colonel
Walifornia Lover
Interview par Romain Dauriac parue dans Clark #41

1974, premier Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême, Eric Bosler naît à Liège, la mine de crayon levée tel le coq Hardi de son drapeau Wallon. La BD coule dans ses veines, un héritage culturel dont il se réclame volontiers et qui lui permet d'échapper à un quotidien trop scolaire. En Belgique, la bande dessinée est probablement l'école buissonnière des rêveurs. La suite logique des choses arrive lorsque l'on est adolescent, que l'on vit de musique et de dessin dans une grande ville. Nous sommes à l'orée des années 90', et le graffiti débarque à Liège. Sous l'impulsion de cette pratique, il signe "Mon Colonel" au sein du collectif ERS, composé entre autre de ses talentueux confrères, 2Shy, Spit, Rvo. Il devient la mascotte, un "Colonel" qui ne commande pas mai qui "conduit".

Puis suivent cinq années d'études d'architecture, cinq ans d'enseignement en total décalage avec sa vie de vandale. Rupture générationnelle. C'est aussi l'époque d'une nouvelle vague des BDs alternatives d'origine française, des maisons d'éditions ego comme x, et Ferraille des requins marteaux...C'est également l'époque des allers-retours entre le dessin, les tags, l'architecture. Il délaisse finalement les charrettes et les plans pour construire plus instantanément à l'aide d'un crayon et d'une feuille. Il fonde ainsi Mycose, un fanzine de BD alternative, narrant les hsitoires de sa vie et de celles de ses amis en compagnie de Plum 77 et de toute une génération de dessinateurs talentueux hors normes. Des cours du soir en école d'art s'imposent aussi pour ouvrir son champ de travail et naviguer vers d'autres horizons.

C'est aujourd'hui ce que mon Colonel pratique plus largement. il ouvre ses horizons et partage son activité entre un travail de peintures, d'installations, de dessins en collaboration aevc Spit, et des soirées avec osn collectif Party Harders. Mon Colonel a une moustache de viking et bien sûr une casquette de navigateur, car c'est ce qu'il est. Il navigue sur les côtes de "walifornie" et cnade des messages sur des feuilles Canson comme on lance des bouteilles à la mer. Ses bouteilles sont arrivées jusqu'à nous, certainement grâce à la compostion si savamment organisée avec Spit, grâce à ses aquarelles vives, et à la fulgurance des messages: " J'écris ce qui ne se dit pas, ce qu'on pense dans sa tête sans pouvoir le dire, les médisances, les râleries, les coups de coeur..."

Clark
Aujourd'hui tu travailles très souvent en collaboration avec Spit sur les dessins que tu fais...En terme de composition, arrivez-vous à trouver un réel terrain d'entente et d'expression commun ?

Mon Colonel
Spit est le compagnon idéal pour le dessin à quatre mains. On collecte des images. Avant on utilsait des images que l'on trouvait dans la presse, dans les brocantes, sur des emballages ou en photo. Actuellement on trouve presque tout sur Internet pour nos travaux de peintures. On va appeller cela Google Pinting and Twit Words..D'abord la feuille blanche. Un beau dessin, juste pour se faire plaisir, et de ces prémices découle toute une improvisation graphique et verbale de nous deux à la fois. On nous demande souvent comment on arrive à s'entendre. Je crois que le graffiti et ces murs qu'on se partageait à plusieurs, pour des compositions groupées, nous ont aidé à être plus malléables dans ce genre de pratiques.

Clark
Tu joues beaucoup avec des aphorismes, avec des mots forts, comment cela vient à toi ?

Mon Colonel
J'écris ce qui ne se dit pas, ce qu'on pense dans sa tête sans pouvoir le dire, les médisances, les râleries, les coups de coeur, les refrains de chanson, des noms de musiciens ou d'artistes...Au début, je trouvais que ça ressemblait à des inscriptions sur des bancs d'écoles, des murs de cellule, de portes de WC, des blocs-notes griffonnés en parlant au téléphone. Je fixe un flux en quelque sorte. C'est aussi pour cela qu'on s'intéresse au flux Internet. Le débit d'infos ou d'images, les slogans ou les messages de sites de socialisation style Facebook ou Twitter...Toute cette masse d'instantanés, d'humeurs, de quotidien, c'est le temps qui passe et je le fixe dans mes dessins, dans mes peintures, voire même, dans mes bandes dessinées.